Origines de la musique et coopération (2017)





En 2017, j'ai travaillé à l'Université Paris Nanterre, au sein du Laboratoire Ethologie, Cognition, Développement, grâce à un financement de la COMUE Paris Lumières.


                    





Je collaborais avec Dalila Bovet, maître de conférences en Ethologie, Rana Esseily, maître de conférence en psychologie du développement, ainsi qu'une doctorante et une stagiaire en éthologie (Mathilde Le Covec et Uyen Tran).

Nous étudiions ensemble la relation entre musique et prosocialité (coopération, partage, entraide), chez les enfants de 3 à 6 ans ainsi que chez une espèce d'oiseaux sociaux, la perruche callopsitte (Nymphicus hollandicus).

En effet, des études ont montré que produire de la musique ensemble influence les émotions et les comportements, favorisant notamment l’entraide et la coopération. Des questions restent pourtant en suspens, notamment concernant les mécanismes sous-tendant la relation entre musique et prosocialité, et les conditions nécessaires (type de musique, production ou simple écoute, expérience partagée ou individuelle, etc.). 



Explorer en profondeur cette relation permettra de mieux comprendre les origines et fonctions biologiques de nos capacités musicales


En effet, les origines de la musique remontent à au moins 35,000 ans avant notre ère. La musique et certaines capacités associées (ex: percevoir et suivre un rythme) sont aujourd'hui présentes dans toutes les cultures humaines. Elles semblent même en partie innées (par exemple, la préférence pour la musique consonante plutôt que dissonante est largement répandue dès le plus jeune âge).
Des prédispositions biologiques à l'appréciation de la musique semblent donc exister, ce qui mène à s’interroger sur une potentielle origine évolutive: la musique pourrait adaptative (= entraîner un avantage pour les individus en termes de survie et /ou de reproduction) ce qui expliquerait qu’elle soit si largement répandue à travers le monde et enracinée dans nos gènes. 
Des chercheurs ont suggéré que la musique pourrait en fait favoriser la cohésion des groupes sociaux en encourageant la prosocialité via différents mécanismes
1. Elle pourrait placer les individus dans de meilleures dispositions pour coopérer avec autrui, en modifiant leur état émotionnel par des mécanismes neuro-hormonaux. En d'autres termes, interférer avec le fonctionnement de notre cerveau et ainsi modifier nos émotions, comme cela a déjà été montré chez la souris.
2. La musique, lorsqu'elle est une activité de groupe qui demande une coordination et une coopération entre les individus, pourrait participer à créer et entretenir les liens sociaux. En effet, elle est à la base de nombreuses activités sociales dans les populations traditionnelles (rituels, cérémonies, etc.). Le fait de partager un rythme, notamment, pourrait favoriser le lien social. 
3. La musique pourrait être un moyen de communication à part entière, véhiculant de l’information, des valeurs, des émotions. Elle aurait d’abord évolué dans le cadre de la communication mère-enfant, avant de s’étendre à d’autres contextes, car elle permettait de diffuser des valeurs au sein du groupe de façon plus rapide et plus large que le seul langage parlé. D’après certains auteurs, ce serait même la formation de groupes sociaux de plus en plus larges qui aurait favorisé l’émergence de ces deux nouveaux modes de communication (la musique et le langage).
Notre étude a pour but de tester ces différentes hypothèses
Son originalité réside aussi dans une approche comparative : le lien entre musique et prosocialité sera exploré expérimentalement chez des enfants de 3 à 6 ans, mais aussi chez des oiseaux sociaux (les perruches calopsittes), afin de mieux comprendre les fonctions et la place de la musique dans le monde vivant dans un contexte plus large que celui de la seule lignée humaine.


                                        Je vous présente le couple Seth et Nephtys !
Ce sont deux des treize perroquets (et oui, même si on les appelle couramment perruches callopsittes, ce sont bien des perroquets !) du laboratoire  !

Ils ont chacun leur petit caractère et nous bluffent chaque jour par leur intelligence mais aussi la complexité et la profondeur des relations uniques que chacun d'entre eux entretient avec chacun de ses congénères.

Et pour ceux qui se poseraient cette excellente question, je tiens à vous assurer que les oiseaux du laboratoire sont très bien traités. Ils bénéficient d'une grande pièce où ils évoluent librement au sein de leur groupe social, sans jamais manquer d'eau et de nourriture bien sur, mais aussi de petites attentions, de jouets fabriqués par nos soins, etc. C'est une véritable relation de confiance que nous avons patiemment nouée avec chacun d'entre eux, préalable essentiel à nos observations, jamais invasives cela va de soit.











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